Les romans de comptoir d’Haruki Murakami

Belfond réédite les deux premiers romans de l’auteur de Kafka sur le rivage : chronique des débuts.

murakami-ecoute-chant (c) gwendal fossois

Tous les écrivains débutent par un premier roman, exhibé comme une pépite nacrée ou, au contraire, comme un premier essai un peu honteux. Les deux ouvrages de jeunesse d’Haruki Murakami font un peut partie de l’un, un peu partie de l’autre. Plus de 35 ans après leur publication au Japon, Ecoute le chant du vent, ainsi que Flipper, 1973 sont aujourd’hui édités par Belfond. L’occasion de plonger dans l’univers à peine esquissé de celui qui deviendra l’un des maîtres de la littérature nipponne et du fantastique.

murakami-chant-ventL’auteur ouvre ce recueil sur une courte introduction à mi-chemin entre autobiographie et autofiction. Il y conte la genèse surprenante de Ecoute le chant du vent, écrit la nuit sur son propre comptoir de bar. Le roman se veut très personnel, directement influencé par les expériences de l’écrivain, plaçant l’identité du narrateur comme quelque chose de flou et d’indistinct. Le style des débuts est souvent direct, et du coup un peu froid. Mais, peu à peu, la narration prend le pas sur la structure, déplaçant le récit d’un journal intime à une histoire dans laquelle évoluent des personnages déboussolés, l’une des marques fortes des livres de Murakami.

Les deux histoires s’inscrivent dans un ensemble qui trouve son épilogue dans La Course au mouton sauvage, le premier roman de l’auteur publié en France (1982 au Japon). L’histoire du Rat, un jeune homme qui aspire à un ailleurs, transparaît derrière les pérégrinations du narrateur. C’est à travers ce personnage que l’auteur va faire l’expérience de ce qui deviendra sa geste : l’image encore trouble d’une quête initiatique, dont l’amour, mais aussi les sentiments et sensations qu’il engendre, en constituent le cœur.

Ecoute le chant du vent / Flipper, 1973 d’Haruki Murakami (Belfond), sorti le 14 janvier 2016.

Gwendal Fossois

POUR ALLER PLUS LOIN :
L’étrange bibliothèque de Murakami
Haruki Murakami et l’homme sans couleur

Illustration © Gwendal Fossois.

Publicités

2 réflexions sur “Les romans de comptoir d’Haruki Murakami

  1. je ne connais (ai lu) que « chronique de l’oiseau à ressort » de Murakami, mais j’ai lu, il y a plus de trente ans, certains classiques de la littérature japonaise (Oé, Kawabata, etc). Ces textes, même si j’en ai oublié les histoires, continuent comme des fantômes à se promener dans ma cervelle (en évitant les trous de mémoire, de plus en plus nombreux!). Mais vous me donnez l’envie de me replonger dans cet univers étrange de Murakami, et de relire les auteurs plus anciens (y compris Mishima, Ibuse « pluie noire »…)

  2. Ravi de vous donner envie de vous replonger dans cet univers si particulier. Néanmoins, pour commencer (ou recommencer), je conseillerais plutôt le très classique Kafka sur le rivage, qui montre toutes les facettes de l’art murakamien, la maîtrise parfaitement du fantastique, si bien dosé, le travail à l’extrême du symbolique, qui ne tombe jamais dans le cliché, la quête initiatique, et un suspens à couper le souffle. Ces deux premiers romans sont, si ce n’est moins accessibles, en tout cas moins accrocheurs.
    Bonne(s) lecture(s) en tous les cas!
    Gwendal

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s