Ralf König, heureux iconoclaste

Le dessinateur allemand de Conrad et Paul revient à l’Histoire et à la religion à travers une BD drôle et totalement cynique.

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Qui mieux que Ralf König est capable de détourner, en une poignée de cases, les légendes issues de la tradition chrétienne pour en construire un maelström blasphématoire et hilarant ? Après la Genèse, puis l’Arche de Noé, le célèbre « Bretécher gay » relit cette fois l’histoire de Sainte Ursule, une jeune princesse bretonne de huit ans qui aurait marché sur Cologne accompagnée de onze mille vierges. Sauf que König ne se satisfait pas des versions officielles. Dans Les onze mille vierges (Glénat), il abaisse son feutre cynique pour transpercer les narrations épiques et se moque décidément beaucoup de l’Eglise et des bien-pensants.

ralf konigFidèle aux récits longs et saynètes qui l’ont placé maître de l’humour gay, il transpose l’histoire de Sainte Ursule dans un univers où l’homosexualité, s’il elle est n’est pas acceptée, est en tout cas bien présente et revendiquée par une communauté aussi diverse culturellement qu’éparse. Dans cette relecture, les muscles saillants des Huns font vibrer le cœur de bien des hommes, mais les pucelles elles-mêmes, pourtant dévolues à la Chrétienté, se laissent envahir par l’émoi. L’histoire est entièrement relue, privilégiant des scènes orgiaques tordantes à des batailles stricto sensu.

La BD n’est pas si éloignée des aventures de Conrad et Paul et autres recueils de gags. König déplace son propre univers, gorgé de sarcasmes où le cul, en tant que tel, est moins excitant que drôle. Ce faisant, il fustige l’Eglise, s’amusant de la lubricité d’un Pape, la bave aux lèvres, des désirs frustrés de nonnes restées vierges plus par erreur que par passion pour le Christ, et de prêtres sadomasochistes, bien heureux de ne pas se laisser tenter par le péché avec le sexe féminin. Au cœur de ce monde totalement à cran, Ursule est le seul personnage réellement touchant, drapé dans un linge de naïveté un peu ingénue et qui ne voit dans la sexualité qu’un prolongement de la passion amoureuse. Car König, derrière ses atours d’humoriste grinçant, s’affirme comme un poète plus que jamais contemporain.

Les onze mille vierges de Ralf König (Glénat), sorti le 30 mars 2016.

Gwendal Fossois

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